Agressivité et empathie

Que cache l'agressivité ?

Essentielles à la poursuite de nos objectifs, l'agressivité instinct ou pulsion (1), prend part à la survie de l'espèce humaine. Que se cache-t-il derrière cette agressivité propre à tout individu, mais qui semble être plus prononcé chez certaines personnes ?

 

L'étude de la neurobiologie de l'empathie a révélé que des aspects significatifs de la réponse empathique ont une part importante dans les comportements asociaux, de violence et d’agressivité.

 

Quand le manque d'empathie se cache derrière l'agressivité ?


Un des motifs d’agressivité peut s’expliquer dans un ou des déficits d’empathie du types neurologiques. Les aspects significatifs de la réponse empathique sont présents à la naissance et continuent à mûrir tout au long de l'enfance et de l'adolescence, dans le contexte des relations interpersonnelles.

La maturation implique :

  • un déplacement progressif le long de la voie dorsolatérale (2) PFC-limbique (3) ;
  • d'une plus grande activation des structures limbiques au début du développement ;
  • a plus d'activation des régions frontales plus tard dans le développement.

L'ampleur de ce changement est affectée par la prédisposition individuelle à l'éveil autonome, à la réactivité émotionnelle et à la force des fonctions exécutives.


Bien que les composantes affective et cognitive de l'empathie soient dissociables, leur interaction permet une régulation émotionnelle. La sensibilité empathique mature dépend de l'intégration fonctionnelle de ses composantes au service des relations et du comportement social orientées vers un but. Les liens sociaux, l'attachement et l'empathie sont reliés au niveau neurobiologique par les effets modulateurs des hormones, avec des niveaux accrus d'ocytocine et une augmentation de l'activité de l’axe HPA (4), corrélée positivement avec un attachement plus sûr et une capacité accrue d'empathie. L'attachement sécurisé et la réactivité empathique stimulent les voies de récompense du cerveau qui deviennent auto-renforçantes.

Psychopathie et âge ?

Ces déficits radicaux de liaison pointent vers une étiologie très précoce en lien avec l’enfance, de la psychopathie et soutiennent les hypothèses neuro développementales proposées.(5) De telles hypothèses prennent en compte le fait que les comportements psychopathiques se manifestent tôt dans la vie; continue de façon relativement constante pendant l'enfance, l'adolescence et globalement, dans le temps (6). De manière significative, les personnes qui subissent des dommages neurologiques très tôt présentent des caractéristiques qui ressemblent le plus à la psychopathie, suggérant que la psychopathie est associée à des altérations dans le fonctionnement du cerveau avant la socialisation morale et le lien social (7).

Différences hommes, femmes ?

Les mesures psychosociales, démographiques et de traumatisme crânien n'ont pas pris en compte les déficiences cérébrales structurelles et fonctionnelles observées dans la psychopathie (5). Une hypothèse neuro-développementale doit également tenir compte du fait que les hommes sont beaucoup plus susceptibles que les femmes de commettre certains types de crimes violents (8). Les femmes ont tendance à être plus empathiques du fait de leur rôle biologique évolutif dans les soins des nourrissons (9). Cela est également vrai pour les filles, qui obtiennent un score supérieur à celui des garçons en matière d'empathie (10). Des observations récentes suggèrent des anomalies neuro-développementales chez les délinquants psychopathes juvéniles et adultes (5).

Seules des études très récentes ont comparé les délinquants prédateurs aux délinquants impulsifs, en fondant la classification de groupe sur les mesures volumétriques de la substance grise (11). Ces études montrent que les délinquants impulsifs peuvent être traités avec des thérapies existantes, mais les traitements traditionnels des délinquants prédateurs semblent être inutiles. Les aspects interpersonnels et affectifs de la psychopathie n'ont été portés que très récemment à l'attention des théories thérapeutiques et doivent encore être abordés dans des interventions concrètes.

Agressivité, enfance et adolescence

Étant donné que l'entraînement à la pleine conscience induit des changements neuro-plastiques dans le réseau fronto limbique (12) et augmente la régulation émotionnelle, les capacités attentionnelles et la réactivité empathique, les entraînements de neuroplasticité représentent potentiellement une approche plus complète et ciblée du traitement des déficits empathiques interpersonnels, affectifs en psychopathie. Cependant, parce que les changements neuro-plastiques et comportementaux sont un processus lent, nécessitant des années de pratique de pleine conscience, cette approche est probablement appropriée seulement comme une intervention très précoce.

Dans ce contexte, l'utilisation d'études longitudinales prospectives pour identifier et évaluer les enfants et les adolescents ayant ce type de traits à des implication important pour la prévention et la prise en charge de la psychopathie chez l'adulte. L'augmentation de la spécificité des constructions théoriques cibles peut augmenter la reproductibilité des résultats et produire des résultats plus convergents.

Discussion

Des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer les résultats comportementaux, psychologiques et neurologiques de l'entraînement à la pleine conscience et les types de thérapies cognitivo-comportementales connexes chez les jeunes incarcérés qui présentent ou non ces traits comportementaux. De telles études devraient viser à évaluer les changements dans la connectivité neuronale, la fonction cognitive, l'épaisseur corticale, la réactivité affective, l'autorégulation et les relations sociales à la suite du traitement. Cela a le potentiel de découvrir une intervention comportementale importante, avec des implications pour la plasticité neurale.

La compréhension croissante de la base neurobiologique du comportement criminel devrait encourager un dialogue sur le rôle des neurosciences dans la justice pénale, sur les implications de répression contre la prévention, les traitements potentiels, et sur la prédiction de la violence (13). Cela mènerait à des efforts de sensibilisation à des publics ciblés couvrant les domaines juridique, scientifique et politique.

Conclusion

Les expressions comportementales de l'empathie dans :

  • l’enfance ;
  • le lien social ;
  • l'attachement ;
  • les comportements agressifs ;
  • les déficits et les comportements psychopathiques ;

partagent des substrats neuronaux significatifs communs. Actuellement les personnes atteintes de psychopathie sont généralement considérées comme résistantes aux traitements. Des avancées conceptuelles significatives ont eu lieu au cours des dernières années, notamment en ce qui concerne la relation entre psychopathie et empathie. Cet examen suggère que des interventions plus ciblées visant des caractéristiques spécifiques de l’agressivité pourraient conduire à de meilleurs résultats, avec une efficacité maximale dans le contexte d'interventions très précoces.

Sources

(1) Selon Konrad Lorenz, l’agressivité est «l’instinct de combat de l’animal et de l’homme, dirigé contre son propre congénère» : l’agressivité est «un instinct comme tous les autres» qui, dans des conditions naturelles, «contribue, comme tous les autres, à la conservation de la vie et de l’espèce».
Selon Freud, toute pulsion comporte en elle une part d’agressivité ce qui ne signifie pas cependant que l’agressivité soit la pulsion fondamentale de l’homme. Bien qu’elle en situe l’origine dans la pulsion de mort, l'agressivité n’est pas à proprement parler un instinct.
(2) Région impliquée dans un réseau qui permet l'élaboration de processus cognitifs, qui joue un rôle majeur dans la planification et les fonctions exécutives.
(3) le PFC  permet de contrôler les réactions émotionnelles à travers les connexions du cerveau limbique profond.
(4) Axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien.
https://vulgariz.com/cerveau/psychologie/les-amis-font-reellement-du-bien-tant-sur-le-plan-moral-que-physique/attachment/axe-stress-cortisol/
(5) Gao Y, Glenn AL, Schug RA, et al: The neurobiology of psychopathy: a neurodevelopmental perspective. Can J Psychiatry 2009; 54:813–823
(6)  Moffitt TE: Adolescence-limited and life-course-persistent antisocial behavior: a developmental taxonomy. Psychol Rev 1993; 100:674–701
(7) Brower MC, Price BH: Neuropsychiatry of frontal lobe dysfunction in violent and criminal behaviour: a critical review. J Neurol Neurosurg Psychiatry 2001; 71:720–726
(8) Compton WM, Conway KP, Stinson FS, et al: Prevalence, correlates, and comorbidity of DSM-IV antisocial personality syndromes and alcohol and specific drug use disorders in the United States: results from the national epidemiologic survey on alcohol and related conditions. J Clin Psychiatry 2005;
(9) Montagne B, Kessels RP, Frigerio E, et al: Sex differences in the perception of affective facial expressions: do men really lack emotional sensitivity? Cogn Process 2005; 6:136–141
(10) Knafo A, Zahn-Waxler C, Van Hulle C, et al: The developmental origins of a disposition toward empathy: genetic and environmental contributions. Emotion 2008; 8:737–752
(11) De Brito SA, Viding E, Kumari V, et al: Cool and hot executive function impairments in violent offenders with antisocial personality disorder with and without psychopathy. PLoS One 2013; 8:e65566
Hsu C: “Cold-hearted” psychopaths are born with distinct brains, existing treatments may be useless. Medical Daily, May 8, 2012
(12) Groupe de structures de l'encéphale jouant un rôle très important dans les comportements et en particulier, dans l'agressivité et la peur. 

(13) Glenn AL, Raine A: Neurocriminology: implications for the punishment, prediction and prevention of criminal behaviour. Nat Rev Neurosci 2014; 15:54–63
(*) Depts. of Psychiatry (DC, JE) and Neurology (BHP), Harvard Medical School, Boston, MA; the Center for Law, Brain, and Behavior (DC, JE, BHP) and the Law & Psychiatry Service (JE), Massachusetts General Hospital, Boston; and the Dept. of Neurology, McLean Hospital, Belmont, MA (BHP). This work was partially supported by the Massachusetts General Hospital Center for Law, Brain, and Behavior and the Sidney R. Baer Jr. Foundation. The Dialectic Between Empathy and Violence: An Opportunity for Intervention ? Doriana Chialant, Ph.D., Judith Edersheim, M.D., J.D., Bruce H. Price, M.D. Janvier 2016. https://neuro.psychiatryonline.org/doi/10.1176/appi.neuropsych.15080207

 

28/12/2017


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